Aurélien Recoing et Ann-Sophie Archer - photo Mathieu Zazzo

Phèdre

Phèdre

photo Mathieu Zazzo

Phèdre

de Yánnis Rítsos

Poème dramatique composé en 1974-75

Le 29 avril 2025 à 20h au 7L

7, rue de Lille – 75007 Paris
librairie7l.com

Texte français de Gérard Pierrat- © Ed. Gallimard, 1978

Mise en scène : Aurélien Recoing & Ann-Sophie Archer

Avec
Phèdre : Ann-Sophie Archer
Hippolyte : Louka Meliava
Thésée : Aurélien Recoing

Vidéo Phèdre de Y Ritsos - répétition - A Recoing -A-S Archer
Phèdre, répétition, Réalisation Justin Antippa-5600 Productions

Mise en scène : Aurélien Recoing & Ann-Sophie Archer
Scénographie : Muriel Trembleau
Lumières : Georges Lavaudant
Composition musicale : Marie-Jeanne Serero
Création sonore : Léonard Françon
Créations images : Philippe Matsas
Costumes : Chanel
Coordination projet et presse : Claire Amchin et Anne Pourbaix

Co-productions :
7L, Compagnie Aurélien Recoing, 5600 K Productions, Acadia Productions

Ce grand poème dramatique rayonne intensément d’hier à aujourd’hui, et ne cesse de donner du sens en interrogeant nos vies. Ce poème dramatique est éclatant comme peuvent l’être les grands textes de Pasolini : un voyage immobile et visionnaire. Il trace bien sûr un lien ferme avec nos origines et notre vie contemporaine en évoquant en creux cette Grèce politique et culturelle des années soixante-dix. Et il réussit alors à parler du temps ; autrefois et ailleurs, ici et maintenant. Alors comment ne pas entendre par ce vrai-faux et superbe soliloque, un dialogue d’entre les morts à venir, une tentation/affirmation de la vengeance comme dernière œuvre ? Comment ne pas entendre le chaos du monde et de la Grèce « à la question » aujourd’hui ?

Ann Sophie Archer - Phèdre de Yánnis Rítsos
Ann Sophie Archer – Phèdre de Yánnis Rítsos – extraits

L’amante, le jeune homme et le mari, une situation de tragédie dans la cuisine qui nous ramène le mythe à un fait divers, et le fait divers au mythe. Une comédie de la vie ? C’est un peu cela, un moment privé nous est donné, une impudeur àcru. On se croirait dans une cage d’escalier, dans une tour de Babel où tout fait écho à la passion. Mais non, nous sommes dans un lieu calme, ouvert et beau et cela s’apparente à un coin de paradis. Mais sous les fougères et les herbes, à l’ombre de la nuit la conspiration, le meurtre, et la vengeance rôdent.

« La justice définitive de la mort et l’injustice de la vie » dit Phèdre.

Cette pensée à voix haute de Phèdre épingle ce moment qui s’étire entre eux, et définit d’une manière précise et hallucinée sa propre relation à son être, à sa famille, à son environnement, à ce lieu où elle rêve profondément éveillée. Elle convoque non seulement Hippolyte, mais elle-même pour une confession évidemment sans retour. Nous la verrons marcher entre ciel et terre sur ce fil de fer de la pensée, meurtrissant son corps tout entier avec pour objectif cette justice définitive de la mort face à l’injustice de la vie. Cette phrase accompagnera le travail de l’actrice qui vivra, mourra dans le corps de Phèdre. Se joindront à elle, dans cette tragédie annoncée, les deux danseurs-acteurs qui joueront Hippolyte et Thésée. Nous serons tout entiers dans l’interstice de leurs jeux, les voyant courir à la catastrophe.

Pour convoquer ce travail et cette écriture, j’aimerais être dans un théâtre de sable où tout s’efface et perpétuellement recommence. Un théâtre qui semblerait immuable et qui s’inscrit malgré tout dans un changement presque imperceptible d’œuvre en œuvre. Un, deux, trois, soleil ! Et rien à peine n’a bougé… Un lieu qui évoque ce temps qui passe. Où l’on a l’impression d’être toujours chez soi et d’où l’on revisite tous les voyages possibles et à venir.

Pour être au plus près de ce théâtre je souhaite – avec Muriel Trembleau, la scénographe – métamorphoser un espace qui se définit comme la maison de Phèdre (un paradoxe, puisque dans le même temps elle n’est pas vraiment chez elle, à la fois forte et démunie, une invitée de trop).

Comment être à la fois dans la Grèce antique et celle d’aujourd’hui, transcendées toutes deux par le lieu singulier qu’est le théâtre, et être dans ce moment privé auxquels les spectateurs assistent ?

Lieu immuable, temps immuable. Jouer sans doute sur cette idée du temps, élastique, qui interpénètre les époques. Un théâtre métaphysique ?

Un théâtre de fresques dont on a pris un seul fragment et qui joue pour nous la partie pour le tout.

La chorégraphie des corps sera celle du butoh.

Cette danse de mort imperceptible, cette danse dramatique dédiée aux acteurs accompagnera le corps de nos personnages, accompagnera le mouvement des os dans leurs chairs. Travail que j’ai initié depuis plusieurs spectacles et qui m’accompagne à la fois dans mon parcours d’acteur et de metteur en scène.

La lumière de Georges Lavaudant sera comme un voile jeté sur la nuit de Phèdre. Nous serons aussi dans une convocation mais celles des essences. Que respirent-t-ils ? Et ces essences, nous devrons les sentir parce que nous les verrons.

À la fois sentir et voir.

Le son, l’espace sonore, feront écho à ces essences que je souhaite voir littéralement déchirées par les gestes des acteurs, un air vibrant et palpable comme la lumière.

La composition musicale de Marie-Jeanne Serero, à la fois âpre et aérienne, lancinera l’espace en répons aux corps des acteurs-danseurs. À la fois retrouver des sons anciens de la Grèce antique et redécouvrir l’œuvre des Pink Floyd. Interpénétration des époques encore une fois. Une mémoire. Pour mémoire.

Dans ce même ordre d’idée, les costumes travailleront cette fluidité des corps au féminin et au masculin dans la société populaire des années soixante-dix que je me plais à fantasmer.

Je travaillerai avec les acteurs sur plusieurs sessions pour trouver une lente maturation, une lente descente dans le poème dramatique. Infuser. Toucher le fond.

Le théâtre étant à fleur de peau, il y a la nécessité et le désir de travailler en immersion pendant un temps très ouvert. Apprivoiser l’espace.

Et enfin, nous choisissons la traduction de Gérard Pierrat, qui réinvente la langue de Yánnis Rítsos. Elle a l’élégance, la sincérité, et la beauté des grands poèmes. Cette langue est comme une liane qui nous permet d’aller tout droit de sentiment en émotion pour transmettre en un éclair le grand théâtre des idées.

Cette Phèdre de Rítsos m’accompagne de longue date depuis la Phèdre de Racine que j’ai pu voir dans la mise en scène d’Antoine Vitez, à Avignon en 1976. Il y avait du Ritsos dans cette mise en scène. Le souci constant d’Antoine Vitez de traduire les poèmes de Rítsos a travaillé mon imagination et n’a cessé de solliciter mon désir de faire entendre et voir ce théâtre-là.

Pour prendre date, enfin, je tournerai un film 3D en plan fixe de la mise en scène, à la manière de Wim Wenders.

Aurélien Recoing, Janvier 2023

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